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 L'incubation buccale

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MessageSujet: L'incubation buccale   Jeu 15 Mai 2008, 21:07

Chez les cichlidés, on distingue les incubateurs buccaux (bucco-pharyngiens) et les non incubateurs buccaux ( ce sont les pondeurs sur substrat caché et sur substrat découvert).


Lac Malawi toutes les espèces sauf les Tilapia Rendalli sont bucaux.


L'INCUBATION BUCCALE CHEZ LES CICHLIDES DU MALAWI

Au cours de la parade nuptiale, le mâle va poursuivre la femelle, non pas pour l'agresser, mais pour lui montrer ses belles couleurs, indiquant par là qu'il fait partie de son espèce. Si la femelle est prête, la classique position en T permet la ponte et la fécondation: la femelle pond un ou plusieurs oeufs, les reprend aussitôt dans sa bouche et positionne sa tête près de l'orifice génital du mâle. Celui-ci émet alors le sperme que la femelle aspire, permettant la fécondation. Chez quelques rares espèces du Malawi, les plus primitives (Sc. fryeri, Nimbochromis livingstonii, Astatotilapia caliptera, Cyrtocara moorii, Protomelas annectens, ..), la fécondation des oeufs s'effectue avant la prise en bouche. La scène se répète plusieurs fois jusqu'à épuisement du stock d'oeufs. Bien à l'abri dans la bouche maternelle, les oeufs vont éclore au bout de cinq jours environ et les larves (embryons) vont se développer jusqu'à maturation complète, ce qui prend en moyenne trois semaines. Les oeufs ainsi à l'abri ne sont plus accessibles aux prédateurs.

LA TAILLE DES OEUFS INCUBES

Les oeufs des cichlidés du lac Malawi mesurent en moyenne 3 mm, avec peu de variation selon les espèces.


LE NOMBRE D'OEUFS

Le nombre d'oeufs pondus et incubés varie en fonction de l'espèce, de l'âge de la femelle (et donc de la capacité de sa cavité buccale) et de chaque individu.
On peut dire en règle générale que:
- Plus la femelle est jeune et moins elle aura d'oeufs (cela peut aller de 1 à 10 oeufs).
- Certaines espèces n'incubent qu'une à deux dizaines d'oeufs (les mbunas en général) alors que d'autres en incubent plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine (Protomelas, Copadichromis, Aulonocara maylandi, Aulonocara kandeense, Serranochromis robustus, Dimidiochromis strigatus...), cela tenant à la capacité de la cavité buccale. Le record est sans doute détenu par l'Oreochromis mossanbicus qui atteint la taille respectable de 35 cm. Les femelles peuvent incuber jusqu'à 4 000 oeufs. C'est parce qu'ils sont précoces (les femelles incubent une trentaine d'oeufs dès la taille de 6 cm), prolifiques, de taille respectable et s'adaptant même aux eaux salées que les Oreochromis mossanbicus ont été implantés dans de nombreux pays pour nourir les populations locales (Guadeloupe, Amérique, Asie, Madagascar, Seychelles...)
- Enfin, au sein même d'une espèces le nombre d'oeufs varie selon les femelles: si les Sc. fryeri pondent en moyenne une vingtaine d'oeufs, j'ai eu le cas d'une femelle qui en a pondu exactement soixante.


SI LA FEMELLE N'INCUBE PLUS

Il arrive parfois que l'incubation se termine précocément, généralement au bout de cinq à six jours. Il s'agit souvent d'oeufs qui n'ont pas été fécondés. Il est alors illusoire de vouloir les récupérer pour une incubation artificielle. Quelque soit la cause, il faut se dire que la nature faisant bien les choses, il ne faut pas intervenir. Parfois la femelle est trop jeune et n'a pas développé suffisamment son instinct maternel. Il lui faudra plusieurs pontes pour mener à terme une incubation. C'est ce qu'on peut observer chez certains Tropheus (lac TanganyiKa).


LA FEMELLE NE S'ALIMENTE PAS PENDANT L'INCUBATION

C'est la seule façon de ne pas perdre les oeufs qu'elle a en bouche. Dans le lac Malawi, l'incubation dure environ trois semaines. La nature faisant bien les choses, le jeûne prolongé ne leur est pas néfaste. Au bout des trois semaines la femelle aura puisé dans ses réserves de graisse et perdu du poids. On remarque alors un ventre creux. Si elle incube pour la première fois, elle sera surprise d'être génée pour se nourir. Elle essaiera de manger, mais l'instinct de survie de l'espèce sera plus fort que sa faim et elle se résignera à jeûner jusqu'à la fin de l'incubation.
Après dix jours d'incubation certaines femelles peuvent ingérer de fines particules alimentaires. Elles font bien attention de ne pas perdre leurs larves à ce moment-là.
Certaines femelles des grands piscivores ne s'alimentent pas durant toute l'incubation et encore jusqu'à six semaines (Tyrannochronis nigriventer ) après avoir lâché les alevins. C'est la période durant laquelle elles vont surveiller leur progéniture.


LA BOUCHE SE DEFORME

En début d'incubation les oeufs sont serrés les uns contre les autres et prennent peu de place. La bouche est peu déformée. Au fur et à mesure que le temps passe, les larves prennent forme, se développent et la cavité buccale de la mère devient de plus en plus déformée. C'est d'autant plus visible qu'il y aura d'avantage de larves dans la bouche.


LA PROTECTION DES OEUFS ET DES LARVES PENDANT L'INCUBATION

Une femelle en incubation va le plus souvent s'isoler ou se fondre dans le décor pour ne pas être agressée, l'agression pouvant venir d'un mâle toujours trop entreprenant, d'un mâle défendant son territoire ou plus grave, d'un individu d'une espèce spécialisé dans le vol des oeufs, comme par exemple le Caprichromis liemi, le Caprichromis orthognathus. les Hemitaeniochromis ou le Naevochromis chrysogaster . Elle va s'isoler dans un coin, se cacher dans le décor. Certaines continueront à nager en eau libre. Dans le lac Malawi, après fertilisation des oeufs, la femelle quitte le territoire du mâle, cherche un refuge tranquille ou rejoint un banc de femelles en incubation.


LES COULEURS ET LE TERRITOIRE

Chez certaines espèces, l'incubation va entraîner des modifications de couleur. Ainsi, certaines femelles Maylandia msobo Lundo, naturellement jaunes, auront tendance à devenir bleues comme les mâles lorsqu'elles incubent. Après avoir définitivement laissé leur progéniture en liberté, les femelles reprennent leur couleur d'origine. On a observé ce comportement chez plusieurs espèces, dont les femelles Melanochromis auratus, Melanochromis johannii, Melanochromis vermivorus et les Metriaclima (Maylandia) lombardoi. Dans leur milieu naturel, la prédation s'exerce d'avantage sur les mbunas de couleur jaune (femelles et juvéniles). Ainsi, en prenant une couleur foncée, les femelles échappent d'avantage aux prédateurs et protègent leur progéniture qu'elles incubent. Elle aussi a pris des couleurs plus accentuées, comme les mâles. Mais chose inhabituelle, elle défend également un territoire alors que la défense du territoire est l'apanage des mâles. On observe ce comportement de défense d'un territoire par des femelles en incubation chez d'autres espèces également , comme les Pseudotropheus tursiops.


LES OEUFS ET LES LARVES DOIVENT ETRE OXYGÉNÉS

L'oxygène est un des "carburants" de toute cellule vivante. Tout comme les poissons adultes, les cellules embryonnaires ont besoin d'oxygène pour une bonne croissance. L'oeuf et les larves n'ayant pas de branchies fonctionnelles ou de système respiratoire, c'est à travers la membrane externe que les échanges gazeux se font. Pour cela, un courant d'eau bien aérée doit se faire autour de l'oeuf en permanence. En remuant les oeufs dans sa bouche et en aspirant souvent de l'eau la femelle va permettre ces échanges gazeux.


LA DUREE D'INCUBATION est en moyenne de trois semaines dans le lac Malawi

En aquarium, elle dépend de plusieurs facteurs
- plus la température de l'eau est élevée, plus la durée d'incubation sera racourcie et inversement. Ainsi, on peut voir des incubations aller de 17 à 24 jours pour des températures de l'eau allant de 24 à 28°
- si l'aquarium est surpeuplé ou si la femelle a peur que ses petits se fassent manger, elle aura tendance à les garder en bouche plus longtemps. Il arrive parfois qu'elle ne se décide pas à les relâcher et c'est alors la catastrophe : les alevins ont épuisé leur réserve, ils maigrissent et meurent. La mère peut également en être victime si son jeûne forcé par l'incubation dure trop longtemps. Si on connaît la date précise de la ponte et que l'incubation dure trop longtemps, il est préférable d'isoler la femelle dans un autre aquarium. La plupart du temps le stress de la capture lui fera relâcher les petits. Au mieux, elle les relâchera dans l'aquarium-maternité, se sentant plus à l'abri. Sinon il faut la "faire cracher" (VIDEO) pour éviter qu'elle ne meure, et ses petits avec.
Un cas particulier est à signaler, celui de l'Astatotilapia caliptera, véritable fossile vivant, ancêtre des mbunas, qui a une durée d'incubation de deux semaines. Cette courte durée d'incubation et les autres caractéristiques de ce cichlidé lui ont permis de franchir les siècles en s'adaptant à toutes les conditions.
Dans le lac Malawi, le Metriaclima (Maylandia) livingstonii n'incube pas plus de 16 jours. Le fait qu'il ponde dans les coquilles vides explique sans doute la courte durée d'incubation, les alevins étant à l'abri dans la coquille les premiers jours de vie.


LA PROTECTION DES ALEVINS APRES L'INCUBATION

En fin d'incubation, la femelle rejette les alevins à l'abri. Ceux-ci sont alors autonomes, ils recherchent leur nourriture et l'instinct les pousse à se cacher des prédateurs.
- Nombre d'espèces protègent leurs alevins en les relâchant au milieu de bancs d'alevins de même taille (Metriaclima zebra, Metriaclima fainzilberi...). - - Souvent, ce sont les alevins eux-mêmes qui rejoignent de tels groupes, leur protection étant assurée par le grand nombre d'individus autour d'eux (Copacichromis...)
- Plusieurs espèces de Copadichromis (Copacichromis geertsi... ) et d' Otopharynx rejettent leurs petits au dessus des nids de grands poissons-chats (Bagrus meridionalis) qui vont ainsi les protéger avec leurs propres petits. Les femelles Mylochromis melanonotus relachent également leur progéniture devant les nids de poissons-chats.
- On voit également des alevins "squatter" la bouche d'une autre femelle (parfois même d'une espèce prédatrice comme le Tyrannochronis macrostoma) et se mêler à une autre couvée, profitant de l'instinct maternel de protection.
Souvent, la mère va protéger les petits pendant plusieurs jours après les avoir lâchés. Les alevins restent à proximité, rentrent à l'abri dans la bouche maternelle à la moindre alerte et également durant les nuits. Sur la VIDEO on distingue une femelle Maylandia msobo Magunga reprendre en bouche deux alevins pour les protéger. Dès que les jeunes sont trop vifs ou trop grands, la mère les abandonne à leur sort.
Les femelles Aulonacara pétricoles s'occupent des petits pendant un à deux jours, puis les abandonnent dans les rochers où ils resteront jusqu'à la taille de trois centimètres avant de s'aventurer hors de leur abri. Beaucoup de prédateurs les protègent pendant trois semaines ( Fossorochromis rostratus, Dimidiochromis kiwinge), un mois (Nimbochromis livingstonii, Nimbochromis polystigma, Aristochromis chrystii,...), ou même six semaines (Tyrannochronis nigriventer ).
La plupart du temps, la surveillance des alevins est faite uniquement par la mère. Mais on a observé dans le lac Malawi des femelles Tyrannochronis nigriventer avec leurs alevins à proximité de mâles en tenue de frai. Il semblerait dans ce cas que le mâle participe également à la protection des alevins. Cela expliquerait qu'une femelle Tyrannochronis nigriventer puisse rester six semaines à protéger ses petits, le mâle permettant à la femelle d'aller s'alimenter entre temps. Mais cela reste encore du domaine de l'hypothèse.


LE DELAI ENTRE DEUX INCUBATIONS est variable selon les espèces.

En aquarium, dans de bonnes conditions de maintenance les incubations peuvent se succéder tous les deux mois. Si la femelle n'a pas le temps de reprendre des forces, elle peut mourir d'épuisement au bout de plusieurs incubations trop rapprochées. Certaines espèces ont des pontes très espacées pouvant aller jusqu'à un an, voire d'avantage.


L' INCUBATION : UNE PERIODE A DOUBLE RISQUE

On a vu plus haut qu'un premier risque est de voir une femelle incuber trop longtemps et mourir littéralement de faim, le second risque étant représenté par des incubations trop rapprochées dans le temps. La plupart du temps, en maintenance aquariophile, nous n'avons pas besoin d'élever plusieurs pontes successives (que faire de dizaines d'alevins qui deviendront vite des dizaines d'adultes?). Aussi est-il préférable dans ce cas de séparer la femelle du mâle quelques semaines, le temps qu'elle reprenne des forces.
Une observation quotidienne de son aquarium (ses aquariums pour beaucoup d'entre nous) évitera à nos chers cichlidés bien des ennuis et il est toujours utile de noter sur un calendrier le jour de la ponte pour s'assurer que le terme de l' incubation n'est pas dépassé. De même, noter les pontes successives pour isoler les femelles à risque d'épuisement. C'est à ces conditions qu'on pourra profiter pleinement et longtemps des plaisirs que nous donnent les cichlidés.


L'INCUBATION ARTIFICIELLE

Dans ce chapitre est abordée la façon de mener à terme une incubation précocément interrompue.
Il faut dire avant tout que l'incubation artificielle doit être réservée à des cas très particuliers car une femelle qui est née par incubation artificielle va perdre son instinct d'incuber correctement et de protéger ses petits après leur naissance. Ces mauvaises conditions vont ainsi passer de génération en génération.

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